
REGARDE
Pour une révolution de l'image, par l'image
“ On apprend autant d'une société par les images qu'elle nous montre, que par celles qu'elle ne nous montre pas. "
Susan Sontag
Un projet de Valérie Nagant
PARCE QUE LES IMAGES SONT POLITIQUES
Nos images font notre société, notre culture. Et pourtant, elles sont un point de vue, hégémonique. Elles montrent et normalisent, et tantôt cachent et font disparaître.
L'image est un pharmakon ; si elle peut être notre poison, elle peut aussi être un remède. Elle est un pouvoir contre les angles morts de notre culture iconographique, elle est ce lieu qui peut rendre visibles celles et ceux qui ont été tu·es, leur voix, leur corps, leur histoire.
C’est ce que Regarde se veut faire : ouvrir nos regards pour engager une transformation par l’ imag-e-ination.
LE PROJET
Regarde, c'est un essai iconographique, aux multiples dimensions ;
C'est d'abord une exploration photographique, la création d'images - fixes : une première effraction dans le silence au cœur des existences des femmes.
Puis, c'est aussi un travail d'images en mouvement, une fiction, un court-métrage : une histoire d'enfermement par l'image, des violences qu'il crée, et de libération - par l'image aussi.
Le projet se veut être un pavé dans la mare qu'est notre culture visuelle patriarcale pour bousculer ce que celle-ci a fait des vies et des possibles et mettre à l'épreuve notre compréhension du sens et du pouvoir de nos images communes.
Si les photographies sont une trace, un résultat, une révolution de l'image,
le film est le récit de l'émancipation, de la libération qu'est une révolution par l'image.
Regarde, c'est une mise en abyme de notre grammaire du voir, une tentative de remettre notre regard à l'endroit, pour que notre monde le soit.
“ On ne peut se battre efficacement contre des violences qui ne sont pas visibles, si c'est accessible au regard, alors seulement le spectateur porte une responsabilité face à ce qu'il aura vu, motivation première non pas à son empathie mais à sa réaction. ”
Ariella Azoulay, The Civil Contrat of Photography.

Veerle Baetens ©ValérieNagant

Nous vivons dans un monde où règnent les images. Et souvent, elles racontent la même histoire. Que ce soit par la photographie, le cinéma, la publicité ou la peinture, elles représentent des femmes objets, toujours plus sexualisées. Elles ont enfermé les femmes dans des modèles érotiques comme dans des histoires dont elles ne sont pas sujets. Nous ne nous intéressons pas à leurs expériences, n’approchons par leurs émotions. Nos images sont des images d’hommes, faites par des hommes et pour des hommes.
Elles enferment nos regards, et nous empoisonnent aussi. Elles ont fait des femmes, jeunes, toujours plus jeunes, et des enfants, des objets de désirs, des corps à utiliser. Ces représentations ont rendu romantiques le viol ou l’inceste. Elles ont autorisé les hommes à commettre ces violences. Elles les ont normalisées pour nous empêcher de les voir comme telles.
Les images qu’on nous inocule formatent nos pensées, elles légitiment certaines émotions, elles font exister certaines histoires et en invisibilisent d’autres. Elles construisent nos représentations, nos imaginaires, nos désirs et nos rêves. Les images ont un véritable pouvoir sur le monde. Elles sont profondément politiques.
Nous devons ouvrir les yeux et apprendre à décrypter les images qui nous entourent, à muscler notre regard, à le rendre critique, pour mieux déceler et dénoncer les violences. Comme nous devons aussi le libérer et faire les images que nous n’avons pas vues, rendre visible l’invisible, raconter d’autres histoires, d’autres réalités, d’autres voix.
PARCE QUE NOUS AVONS BESOIN DE NOUVELLES IMAGES
“ Je me suis dit que si je trouvais le bon endroit et la bonne qualité de lumière, je pourrais prendre des photos si douloureuses qu'elles donneraient envie aux gens de détourner le regard et qu'ils ressentiraient alors le besoin d'entrer dans le monde qu'elles représentent et de le remettre en ordre. ”
Delia Falconer
Regarde, c'est un projet de révolution féministe de l'image, et par l'image, parce que c'est le medium qu'emprunte sa réalisatrice, initialement photographe.
Depuis une dizaine d'années, Valérie Nagant se sert de son appareil pour explorer et raconter les émotions et histoires tues des femmes.
Elle investit une réflexion sur l'histoire et le pouvoir des images, à la lumière d'artistes, penseuses et spécialistes qui documentent une culture et un regard patriarcal et esquissent les traits d'une libération.
À PROPOS DE
LA RÉALISATRICE
Valérie Nagant est une photographe belge. Depuis toujours, elle réalise des portraits de femmes. En 2016, elle crée le projet Femmes de cinéma, roman photographique par lequel elle approche déjà leurs intimités et leurs émotions.
Dans une obsession d'être toujours au plus proche de leurs histoires et de leurs vies, avant de s'armer d'une caméra, c'est son appareil qu'elle saisit ; naît alors Cinéma de Femmes.
Elle explique : "Depuis que j'ai été hantée par des images que je ne voulais ni faire, ni voir, je me suis acharnée à les réaliser." De ces nouvelles images qu'elle crée,
Valérie Nagant entendra qu'elles sont "terrifiantes", mais il s'agit bien là pour elle du cœur de son propos : ce qui est plutôt terrifiant, c'est que nous ne les ayons jamais vues.
Agnès Varda disait " le premier acte féministe d'une femme, c'est de regarder, de dire : d'accord, on me regarde, mais moi aussi je regarde ". Ainsi, Valérie Nagant s'est emparée d'une caméra pour nous raconter cette libération : celle de regarder, autrement.
C'est ce que son projet Regarde incarne alors : une volonté de féminister nos regards, aussi, de féminister notre culture et notre société.

Suzanne Clément ©ValérieNagant


